Que ce soit pour la gestion du courrier, du personnel, des élections ou des cantines scolaires, la révolution numérique touche aussi les collectivités territoriales. Pour l’association Adullact, constituée en 2002 à Montpellier, les administrations ont tout à gagner à privilégier l’utilisation de logiciels libres, c’est-à-dire des logiciels dont la propriété intellectuelle garantit la libre utilisation, la libre copie et la libre modification. "Les logiciels libres ont sur les logiciels propriétaires l’avantage d’apporter une plus grande interopérabilité, d’adapter les applications aux besoins spécifiques de chacun et surtout de garantir une indépendance totale vis-à-vis des éditeurs", explique Matthieu Piaumier, responsable administratif et financier de l’Adullact. De fait, le « libre » aurait déjà largement colonisé les ordinateurs publics si l’on en croit Aurélie Courtaudon, chargée d’études au cabinet Markess International :
En 2010, le marché de l’open source représente 16% du budget informatique de l’administration française, soit un milliard d’euros environ, et concerne 96% des collectivités
Le partage efficace
Un budget qui n’est pas toujours optimisé. En effet, le développement des logiciels libres est souvent organisé par les administrations en interne, ce qui peut être lourd pour un résultat pas forcément très abouti. L’idée de l’Adullact est donc d’offrir aux collectivités locales une plate-forme collaborative afin qu’elles développent ensemble leurs logiciels au lieu de disperser leurs forces. Aujourd’hui elles sont 180, dont huit Conseils régionaux, à participer et à profiter des 465 programmes informatiques réalisés ou en cours.
Concrètement, une collectivité qui a développé en interne un programme informatique le dépose sur la « forge », c’est-à-dire le site Internet commun et collaboratif. Le programme devient alors librement utilisable par n’importe quelle autre collectivité. Avec l’entière liberté, pour les informaticiens de ces structures, de le modifier, de l’améliorer, de pointer ses lacunes, de s’échanger de bons conseils… Pour gagner en efficacité, les informaticiens organisent aussi des groupes de travail pour coordonner leurs efforts en amont du développement des logiciels. En mai, par exemple, un groupe doit se réunir pour réfléchir à la gestion des polices municipales. Tout membre intéressé peut y participer, notamment pour réaliser le cahier des charges.
Une fois le projet bien défini, l’association Adullact peut choisir d’en confier la réalisation à la Scic Adullact Projet, qu’elle a créée en 2006. Cette coopérative, adossée à l’association, a pour vocation de faire le lien avec les sociétés de services de logiciels libres (SSLL) sous-traitantes, monter les plans de financement, et permettre ainsi une plus grande réactivité. La Scic propose également des contrats de maintenance et d’assistance technique aux collectivités. Elle est composée de quatre collèges : un propre à l’association, un pour les SSLL prestataires, un pour les usagers, à savoir les collectivités, et enfin un pour les salariés de la Scic.
Le concept est aujourd’hui exclusivement français mais il commence à susciter l’intérêt de certains pays, notamment du Canada où des projets similaires devraient voir le jour, conclut Matthieu Piaumier
En partenariat avec Reporters d’espoirs
Reporters d’espoirs a pour objectif de développer le concept d’information"porteuse de solutions" en mettant en avant des initiatives utiles et reproductibles. Reporters d’Espoirs valorise ainsi les acteurs et met en relation les entrepreneurs d’aujourd’hui avec les novateurs de demain.







