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Des économies solidaires de part et d’autre des frontières 18/04/2011 Certaines chambres régionales de l’économie sociale construisent des partenariats avec leurs homologues transfrontaliers. L’occasion de développer le secteur en misant sur les convergences aussi bien que sur les différences...

A Strasbourg, la chambre régionale de l’économie sociale (Cres) d’Alsace est située dans la bien nommée rue de la Coopérative... et à quelque 500 mètres du pont de l’Europe, et de l’Allemagne. "Le rapprochement avec nos homologues d’outre-Rhin était une évidence", souligne Pierre Roth, le délégué général de ce regroupement des coopératives, associations, mutuelles et autres fondations de la région. De fait, le contexte local plaidait pour une telle ouverture. "Le rapprochement avec l’Allemagne est un axe de développement pour la communauté urbaine de Strasbourg (CUS), notamment dans le cadre de l’eurodistrict, qui se met actuellement en place avec l’arrondissement de l’Ortenau", poursuit Pierre Roth. La Cres, partenaire de la CUS, ne pouvait manquer cette ouverture transfrontalière… Elle a souhaité l’anticiper. Mais voilà, "quand on traverse le Rhin, inutile de parler d’économie sociale et solidaire : ils ne savent pas ce que c’est", remarque le délégué général. Non seulement ce concept général n’y existe pas, mais certaines formes d’entreprises s’y font aussi plus rares : "Ainsi les coopératives y sont très récentes, du fait notamment de mouvements syndicaux longtemps réservés", explique Pierre Roth. Avec le soutien de la maison de l’emploi de Strasbourg, la Cres d’Alsace a donc commencé par se trouver des homologues potentiels dans la région d’Offenbourg : une association de lutte contre l’exclusion, un acteur de finances solidaires… En décembre dernier, une première rencontre franco-allemande a été organisée. "Désormais notre objectif est double", détaille le délégué général : "Favoriser des relations bilatérales entre acteurs français et allemands, et faire émerger des projets communs" – échanger les bonnes pratiques pour l’insertion par l’activité économique, par exemple... A terme, les franco-allemands pourraient structurer leur coopération en demandant un financement européen.

Version wallonne

Entre le Nord-Pas-de-Calais et la Wallonie, un tel partenariat a justement pu se bâtir dès 2008, grâce au financement du programme européen Interreg IV, accordé pour quatre ans. "Nos homologues en Belgique étaient alors en gestation. Ce financement leur a déjà permis d’embaucher et de concrétiser leur projet de structure", apprécie Véronique Mangeot, chargée de mission à la chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (Cress) du Nord-Pas-de-Calais. Avec 200.000 euros annuels de financements multiples, chacun des deux partenaires peut travailler à "une observation du secteur des deux côtés de la frontière, puis à son développement". Ce projet, Désir ("Développement de l’économie sociale inter-régionale"), porte une attention particulière aux services à la personne – autrement dit aux "services de proximité", en version wallonne… Au-delà des différences de lexiques, et de statuts juridiques, l’observation a révélé de nombreux parallèles entre les économies sociales et solidaires (ESS) des deux territoires. Ainsi le secteur propose-t-il de part et d’autre près de 3.500 emplois pour 100.000 habitants - les associations en offrant près de 90%… Un constat utile, notamment, pour les collectivités locales. Une même pyramide des âges vieillissante, des deux côtés de Quiévrain, a incité à ouvrir un "chantier prospectif", pour chercher "notamment comment renouveler les salariés, et comment en profiter pour réformer la gouvernance", explique Véronique Mangeot. Parmi les autres actions menées pour le développement de l’ESS figure, aussi, un "transfert systématique des bonnes pratiques".

Coopératives basques

L’objectif est semblable entre les Pyrénées-Atlantiques et les communautés espagnoles de Navarre et du Pays basque : "Mettre en place un observatoire transfrontalier, et transférer les bonnes pratiques, afin de permettre un développement de l’ESS sur les trois territoires", explique Jean Lissar, ancien vice-président de la région, et chargé de mission pour la Cress d’Aquitaine. Démarré en 2010 pour deux ans et demi, ce projet Tess (réseau "Transfrontalier de l’ESS") s’appuie sur des financements européens et locaux, pour un budget global de près de 1,2 million d’euros. Ici encore, les statuts juridiques divergent. Et "alors qu’en France on crée facilement une association, en Espagne, le réflexe ordinaire est plutôt de fonder une coopérative", souligne Jean Lissar. "En Euskadi, il s’en crée jusqu’à 100 chaque année, contre 4 ou 5 en Aquitaine…" A l‘inverse, les Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap), par exemple, sont bien plus développées en Aquitaine. A l’association partenaire Anel, en Navarre, Eva Jimeno observe néanmoins une "culture commune, ainsi que de grandes facilités pour dupliquer les projets". De Namur à Pampelune, au fond, l’ambition semble la même : "Trouver des points de convergence, tout en s’appuyant sur nos différences, pour construire quelque chose d’intelligent", comme le résume Pierre Roth. Un idéal parfaitement européen…

Olivier Bonnin

Source : localtis.info - 12.04.11

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