Cela pourrait apparaître comme un paradoxe dans l’organigramme du Conseil général de Dordogne : bien que l’ESS soit relié aux Affaires sociales et sa branche insertion au sein de l’exécutif départemental, c’est bien dans le service du développement économique que l’on trouve une chargée de mission à l’ESS. Rien d’aberrant au contraire pour Mireille Bordes, Vice-présidente en charge de l’insertion et de l’ESS : "dès le départ du projet d’épicerie solidaire, le service économie s’est mis à disposition, tout comme les affaires sociales via son service insertion." Le montage du réseau départemental d’épiceries solidaires Epicerie 24 se devait de répondre à une logique globale de solidarité économique : "non seulement le réseau est une entreprise d’insertion avec deux postes d’insertion par magasin, mais l’épicerie est aussi solidaire car elle propose des produits locaux, voire bio, achetés directement au producteur. Et parmi les clients, certains ont été orientés par les services sociaux et bénéficient jusqu’à 75 % de réduction sur leur ticket de caisse, en fonction de leurs revenus", décrit Mireille Bordes.
Marier l’économique et le social
Pour atteindre ce résultat, le Conseil général a créé une association de préfiguration en 2007 qui regroupait déjà l’ensemble des parties prenantes de l’ESS du territoire (Fédération des centres sociaux, structures d’insertion par l’activité économique, l’Union départementale des employeurs de l’économie sociale et solidaire, la CRESS…). Dès les premières réunions, le Conseil général envoyait, hormis l’élue, un représentant du service économique et un représentant du service insertion. Aujourd’hui encore, le directeur du service économique siège au conseil d’administration d’Epicerie 24 en tant que personne qualifiée2."Ça n’a pas toujours été simple, se rappelle Mireille Bordes, il se posait parfois des problèmes de sémantique entre les services : la notion d’accompagnement n’était pas vue de la même manière quand on parle économie ou social (…) Ce fut très riche et l’association de préfiguration a servi à aplanir ces différences." Le Conseil général a acquis 1840 € de parts sociales de la Scic et apporté entre 2009 et 2010 175 000 € dédié au fonctionnement du réseau Epicerie 24, tandis que le Conseil régional d’Aquitaine apportait 45 000 € de subvention d’investissement.
Soutien public à l’ESS
La politique ESS du département a par ailleurs consisté à affirmer son soutien public à cette forme d’économie via l’organisation de journées de promotion du Mois de l’économie sociale et solidaire et, prochainement, à travers la mobilisation autour des Etats généraux qui se dérouleront sur le plan national en juin 2011. Pour les années à venir, Mireille Bordes, qui remet actuellement son mandat en jeu, souhaite prolonger l’expérience de l’ESS en Dordogne. Décliner l’esprit des épiceries solidaires sur d’autres services comme les salons de coiffure est l’une des pistes. Une autre est de faire de l’ESS un outil de préservation des entreprises et des emplois via la promotion de la reprise par les salariés en coopérative. "Un grand nombre d’entreprises pourraient être sauvées si les salariés sont en capacité de se prendre en charge", estime Mireille Bordes. Une piste d’action qui sera l’occasion d’approfondir une démarche transversale où les services économiques pourraient s’associer aux affaires sociales pour l’accompagnement des salariés.
Philippe Chibani-Jacquot
Notes :
1 Le Conseil général de Dordogne a été le premier à adhérer au Réseau des territoires pour l’économie solidaire (RTES).
2 Epicerie 24 est depuis un an une Société coopérative d’intérêt collectif (Scic).
Pour en savoir plus :
Conseil général de Dordogne
Stéphanie Faure, chargée de mission ESS
05.53.45.48.10
st.faure@dordogne.fr







