ESSENREGION.ORG : Qu’est-ce qui réunit les membres de REVES ?
Luigi Martignetti : Les membres de REVES prennent la forme de partenariats locaux entre une autorité publique et des plateformes de l’ESS. Dit comme cela, on peut penser qu’il existe partout de telles plateformes. C’est en fait l’objectif de REVES de stimuler la création de ces plateformes. Notre objectif de départ est que les autorités publiques et le système de l’ESS - que je préfère au terme secteur - se parlent. L’ESS prend des responsabilités qui relèvent du public et du communautaire, cela veut dire que ces deux acteurs-là ne peuvent pas se parler uniquement par l’entremise des marchés publics. L’objectif des territoires qui participent à REVES est de favoriser le développement de systèmes économiques et sociaux territoriaux basés sur la charte du réseau. Celle-ci regroupe des principes comme la démocratie politique, mais aussi la démocratie économique, la participation, l’économie éthique et responsable. Ces principes débouchent sur des objectifs d’égalité des chances, de participation des jeunes…
Quels grands modèles d’appui territorial à l’ESS distingueriez-vous en Europe ?
Je vais simplifier énormément. Le premier modèle est celui du "soutien organique", c’est-à-dire de soutien à l’ESS en tant que secteur. C’est une spécificité politique de la France [née avec la création en 1981 d’une délégation interministérielle à l’économie sociale, ndla], partagée par plusieurs régions espagnoles, où la puissance publique reconnaît l’importance du secteur et se propose de le soutenir politiquement. Un deuxième modèle est celui de la reconnaissance de l’existence des acteurs et leur utilité sur le territoire. C’est le cas italien : il n’y a pas d’option de soutien, mais le constat de la nécessité de travailler avec des acteurs importants. C’est le cas aussi à Berlin. L’attention y est particulièrement forte sur le poids économique du secteur, sa capacité à générer de l’emploi, de la richesse. Un troisième modèle est le modèle scandinave qui reprend un peu des deux premiers, comme en Suède : un soutien direct du gouvernement central aux Companion (Agence régionales de développement des coopératives) et au niveau régional, un système de rencontre des autorités avec les acteurs présents. Le soutien politique vient de l’Etat central et le niveau local reconnaît l’existence des acteurs du terrain. En ce qui concerne les nouveaux États membres, il a fallu dépasser la méfiance historique envers le secteur, notamment coopératif. Ceci dit, la Pologne conduit actuellement un travail de soutien qui se déroule au niveau de l’État central. Si nous avions le temps de faire l’analyse de détail de toutes les régions d’Europe, on constaterait très probablement des approches différenciées sans que des lignes de partage de macro territoires n’apparaissent clairement. La situation française est vraiment particulière : c’est le seul pays qui dispose d’un Réseau des territoires de l’économie solidaire (RTES) à l’ampleur nationale.
Les autorités locales et les acteurs de l’ESS parviennent-ils toujours à concilier leurs objectifs entre faire de l’"économie autrement" et soutenir un secteur créateur d’emploi et porteur d’activités d’intérêt général ?
Il peut exister une mauvaise interprétation de l’ESS en disant qu’elle résout des problèmes à la marge. En d’autres termes, le potentiel de l’ESS resterait marginalisé à la résolution fractionnelle de questions, comme l’apport de l’insertion à l’objectif de plein emploi. C’est une vision myope de l’économie sociale qui oublie l’utilité sociale de ses activités alors que celle-ci dispose d’outils d’évaluation. Prenez la part d’emploi de l’ESS dans l’Union européenne : 6 à 10 %, c’est peu en définitive. Mais si je dis que dans l’ensemble de l’Union européenne, la moitié de la population est membre d’une association, le tiers est sociétaire d’une coopérative. Il y a quelque chose de plus, évidemment. C’est tout aussi limitant de dire que l’économie sociale vient satisfaire les besoins non satisfaits par le marché. Je n’ai jamais entendu des entrepreneurs de l’ESS dire qu’ils se sont réunis pour s’occuper d’un "besoin non satisfait". On se réunit parce qu’il y a un objectif collectif à se réunir. Il vaudrait mieux regarder l’économie sociale comme un système d’auto organisation de la population. Si on analysait la capacité de résilience des communautés à forte présence de l’ESS, on verrait tout de suite le résultat comparativement à un territoire pauvre en ESS. REVES mène actuellement un travail sur la valeur sociale ajoutée, sans la restreindre à l’entrée économique. Notre travail n’est pas abouti, mais la première réflexion qui émerge est que la valeur sociale intangible créée par l’entreprise sociale - au sens d’entité qui génère de l’emploi et de l’activité - est une garantie très forte de la valeur économique de cette entreprise.
Propos recueillis par Philippe Chibani-Jacquot
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REVES organise un Forum international "Initiatives sociales territoriales, valeur ajoutée, partenariats et instruments financiers" à Sienne (Italie), les 16 et 17 juin 2011. Renseignements sur le site web de REVES.







